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La Concordia de Vétroz Une valse à trois temps, et tant, et tant... Centenaire (elle a été fondée en 1907), La Concordia de Vétroz offre une histoire riche en événements mémorables. A quelques encablures de son jubilé, son existence paraît rythmée sur le mode ternaire d’une valse. Dans cette musique à trois temps, on pourrait dire que le premier fut celui de la période héroïque, le second celui de la progression autonome et le dernier celui de la maturité pleine et féconde. Le temps héroïque des fondateurs On laissera au chroniqueur de 2007 le soin de revenir sur le premier temps, celui fameux de la fondation de la fanfare Concordia, une naissance dans la douleur, par la séparation du corps de musique « Union », dont le nom perdit par force quelque peu de sa profondeur signifiante. De cette période, on retiendra néanmoins déjà une ambition, clairement affichée : celle de « servir la musique ». On en gardera aussi un souvenir : celle d’une société qui a marqué de sa présence les événements importants de la vie sociale. On en conservera enfin une particularité : celle de savoir – à l’époque déjà – sortir musique et oriflamme nouveaux pour les circonstances les plus chargées en émotion. Le temps de la progression autarcique Le deuxième temps, ce passage intermédiaire, peut-être ingrat, mais pourtant pleinement nécessaire entre la naissance et la maturité, conduit des balbutiements initiaux à un début de maîtrise. C’est le genre de période facilement négligée, car elle préfère le rythme régulier et l’abnégation constante à la proclamation de hauts faits. De ce temps, on se souviendra d’un élément fugace, mais indispensable, celui de la création d’un fort esprit de corps. On signalera aussi un ingrédient nécessaire à la richesse future : celui de la progression technique illustrée (et le critère date bien l’époque) par un nombre régulier de trompettes militaires. On rappellera enfin un exploit peu commun : celui d’Elie Coudray qui, quarante ans durant, donna le ton à La Concordia dont il est depuis le directeur d’honneur. Le temps de la maturité féconde Le troisième temps, celui qui conclut la mesure, a débuté il y a déjà plus de 30 ans. Et, dans la foulée, La Concordia a vu le rythme de son existence s’emballer et s’embellir. Au point de presque perdre la mesure puisque le temps s’est transformé en mille temps. Et tant, et tant de tendres instants… Cette période folle et raisonnable a commencé avec la venue à la baguette, en 1973, de Géo-Pierre Moren. Sous la baguette de ce musicien issu de ses rangs, La Concordia n’a cessé de s’améliorer, de relever des défis toujours plus exigeants et de voler de succès en succès. De la rhapsodie zingaresque… Sortant de l’autarcie précédente, La Concordia a joué la carte de l’ouverture, adhéré à l’Association cantonale des musiques valaisannes et participé à ses premières Fêtes cantonales. Sa première confrontation à ce niveau se déroule à Vouvry, en 1979, et se conclut par un feu d’artifice de louanges dans la critique enregistrée d’un jury débordant d’enthousiasme pour l’interprétation de « Zingaresca » d’Heinrich Steinbeck. Dans la foulée, afin de se mettre à l’heure du temps, la fanfare Concordia change d’instrumentation. D’une formation de fanfare « belge » presque classique (composée exclusivement de cuivres, avec dans les petits instruments deux registres de bugles et de cornets se faisant face), elle opère à l’automne 1980 une mue vers la forme de fanfare « anglaise », autrement dit vers le brass band. … À la rhapsodie cuivresque Depuis lors, le niveau d’exigence n’a plus faibli : pour sa première participation à une Fête fédérale, à Lausanne en 1981, le brass band vétrozain a décroché une flatteuse 3e place. C’est l’occasion de se frotter pour la première fois à des œuvres d’excellence et à la catégorie du même nom. Le passage de témoin se fait par cette même forme rhapsodique qui a alors pour nom « Rhapsody in brass » de Dean Goffin. Autre symbole, l’imposé de Paul Patterson s’intitule « Chromascope », une vision de couleurs qui, pour La Concordia, prendra les teintes récurrentes du vert de l’espoir, du bleu de l’ambition, du blanc de la pureté, du rouge de la passion et du rose du bonheur. Le couronnement en défilé (meilleur résultat de tous les participants de la Fédérale avec 49 points sur 50) ponctue la transition puisque la marche jouée était « Général-Guisan » de Stephan Jaeggi. D’un double titre national… Depuis, lors des Fédérales suivantes, La Concordia n’a plus jamais quitté le podium. En 1986, à Winterthour, elle remportait à nouveau le bronze, de même que lors de la dernière rencontre nationale, en 2001 à Fribourg. Mais, entre deux, La Concordia a inscrit les plus belles pages de son histoire en triomphant aussi bien à Lugano en 1991 (morceau imposé : « English Heritage » de George Lloyd ; libre : « Trittico for brass band » de James Curnow) et à Interlaken en 1996 (morceau imposé : « Sarajevo » poème symphonique de Fritz Voegelin ; libre : « The year of the dragon » de Philip Sparke). … À un double succès à l’étranger Cette qualité musicale aussi soignée que les grands crus du vignoble de Vétroz se laisse aussi fort bien exporter : la Concordia a donné de nombreux concerts de gala, tant en Suisse qu’à l’étranger (Allemagne, Pays-Bas, France, Italie, etc.). Elle a par ailleurs remporté un 2e prix lors du Concours de la Confédération internationale des sociétés de musique (CISM), à Trêves (Trier/D) en 1989, avant de s’imposer lors du Concours international de Strasbourg (F) en 1996. Bis repetita : formation et assiduité Ces résultats brillants tiennent bien évidemment à la personnalité exigeante de son directeur musical, mais aussi au soin apporté à la formation des musiciens. Pratiquement tous les instrumentistes de la Concordia ont désormais passé par l’Ecole de musique que Géo-Pierre Moren a fondée en 1979. Résultat : plus d’une dizaine de Concordiens ont remporté des titres de champion soliste ou quatuor au plan valaisan et suisse. Au niveau national, ces performances culminent avec trois titres de champion toutes catégories adultes et quatre juniors. A l’instrument, la récolte décompte 15 titres juniors et 15 adultes sans oublier 11 triomphes en quatuors. A l’échelle valaisanne, où seuls les juniors sont en lice dans un championnat qui réunit plus de 400 jeunes musiciens chaque début décembre à Sion et que la Concordia organise, depuis 1995, en collaboration avec la Persévérante de Plan-Conthey et la Marcelline de Grône, le palmarès concordien affiche trois titres toutes catégories et 15 à l’instrument ainsi que 3 victoires en quatuor. Autre signe des temps, on notera l’évolution de l’aune d’appréciation. Quid novi : créations musicalesLe succès de la Concordia ressortit donc du travail instrumental de ses membres, mais aussi de leur assiduité. Chaque saison, entre un tiers et la moitié de l’effectif ne manque aucune répétition, ni prestation. Six musiciens ont même cumulé 100 années consécutives sans absence ! Avec un record à 40 ans pour le méritant Léon Vergères. La Concordia multiplie en outre les initiatives pour promouvoir la musique de vents. Depuis une décennie, elle commande chaque saison une œuvre originale à un compositeur de Suisse romande. Cette stimulation a porté des fruits remarquables et pas forcément attendus. En effet, l’un de ses membres, Bertrand Moren, fils de son directeur, après avoir écrit l’une de ses premières œuvres pour la Concordia, est désormais un compositeur reconnu et très sollicité. Coda ou Da Capo ?L’une de ses dernières pièces, « Dreams », morceau libre choisi pour la Fédérale de Fribourg 2001, est certainement emblématique du destin futur de La Concordia : une série de rêves dont chaque membre espère fermement la fructueuse continuation.
Jean-Raphaël Fontannaz Copyright © 2007 Concordiavetroz |